IDÉES EGALITÉ FEMMES-HOMMES « Tout comme l’anglais s’apprend, l’égalité femmes-hommes s’apprend »

Les consultantes Agathe Cagé et Elsa Guippe appellent, dans une tribune au « Monde », à faire preuve de créativité pour accélérer le processus menant à la parité au travail.

Publié le 21 mars 2019 à 05h00 – Mis à jour le 21 mars 2019 à 05h00   Temps deLecture 4 min.

Tribune. Affaire de la Ligue du LOL, agressions sexuelles dans le milieu sportif, enquête sur le règne du sexisme dans la pub… Chaque semaine ou presque, de nouvelles révélations mettent au jour des pratiques de harcèlement moral ou sexuel à l’encontre de femmes dans de nouveaux milieux professionnels. La libération de la parole pourrait représenter un gage d’espoir. Mais il peut sembler étonnant, voire inquiétant, de constater que ce sont des comportements de vingtenaires, de trentenaires et de quadragénaires qui sont dénoncés. Comme si les générations nées après 1975, après 1980, et même après 1990 pour certaines, ne faisaient pas plus leurs les valeurs de respect et d’égalité entre les femmes et les hommes que toutes celles qui ont grandi pendant les « trente glorieuses ».
Le Forum économique mondial a, en décembre 2018, fait les comptes : la parité dans le monde du travail sera atteinte, au rythme actuel, dans deux cent deux ans. Faisons preuve de créativité et trouvons les moyens de progresser beaucoup plus rapidement. Nos sociétés vont s’autodétruire si elles ne prennent pas à bras-le-corps une double urgence : l’urgence climatique et l’urgence de l’égalité entre les femmes et les hommes – qui, rappelons-le, est fondatrice de toutes les autres. Nos jeunesses sont en train de trouver leurs leaders et leurs moyens d’action pour faire face à la première. Inventons également des méthodes inédites pour ancrer en chacun de nos concitoyens les valeurs de l’égalité entre les femmes et les hommes.
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Notre proposition est simple. La France a une passion démesurée pour les examens et les concours ? Les apprentissages de nos jeunes se construisent en fonction des exigences académiques ? Instaurons une épreuve d’égalité entre les femmes et les hommes obligatoire pour chaque examen et concours. Cette épreuve pourrait se décliner en plusieurs volets : une évaluation théorique de maîtrise des connaissances, sous forme de questionnaire, portant sur l’état des lieux et les chiffres des inégalités entre les femmes et les hommes en France et dans le monde, l’impact en termes de performance économique de ces inégalités, les instruments de lutte contre les violences faites aux femmes, ainsi que le cadre légal et réglementaire fixant les droits et les devoirs en matière d’égalité femmes-hommes.
Cas pratiques
S’y ajouterait une épreuve orale, sous la forme d’un cas pratique de mise en situation : vous êtes un manageur, on vous rapporte un cas de harcèlement moral ou sexuel, quelle stratégie adoptez-vous ? Vous constatez ou êtes victime d’inégalité salariale ou d’une discrimination sexiste à l’occasion d’une avancée de carrière, comment réagissez-vous ?
On pourrait, enfin, concevoir des épreuves écrites amenant le (ou la) candidat(e) à développer ses analyses sur des sujets cruciaux tels que l’articulation des temps de vie professionnelle et personnelle, les rythmes de carrière, les congés parentaux, l’orientation des jeunes et l’évolution des représentations et des postures quant au genre au sein des organisations. L’épreuve devra naturellement s’adapter aux enjeux et aux besoins des différentes filières professionnelles et être pensée en associant enseignants, parents, élèves et étudiants, jurys d’examens, équipes et direction des écoles et universités.
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Le ministre de l’éducation nationale a annoncé un grand oral pour le nouveau baccalauréat ? Intégrons-y un temps consacré aux enjeux de l’égalité entre les femmes et les hommes. Les écoles de commerce et les écoles d’ingénieurs font, pour répondre à la diversité des candidats et aux attentes des recruteurs, évoluer leurs concours d’entrée vers de nouvelles formes de tests et d’entretiens ?
Profitons de ces changements en profondeur pour rendre obligatoire à l’entrée dans ces écoles, qui forment chaque année des milliers de futurs manageurs, une épreuve portant sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Les écoles de la fonction publique recrutent pour les quarante prochaines années les personnes qui seront chargées de la conduite des politiques publiques ? Mesurons, au moment de ce recrutement, leur capacité d’innovation pour défendre l’égalité femmes-hommes.
Briser le plafond de verre
Cette proposition, si elle voit le jour, fera immédiatement la preuve de son efficacité. Sans doute même inspirera-t-elle rapidement les procédures mises en œuvre par les DRH des entreprises de toute taille et par les cabinets de recrutement, pour briser le plafond de verre. Il est même possible que demain, ce soient les candidats qui demandent à ce que la maîtrise des valeurs de l’égalité soit mesurée par les entreprises auprès desquelles ils postuleront, et que cela devienne un des critères de leur choix.
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Vous êtes sceptique ? Mettons un instant les choses en perspective. Il n’y a plus un examen ou un concours aujourd’hui où une épreuve d’anglais, dont la maîtrise est pour l’insertion professionnelle d’une importance cruciale, ne soit pas obligatoire. Contesteriez-vous l’importance de l’égalité entre les femmes et les hommes ? Tout comme l’anglais s’apprend, l’égalité s’apprend. Cette proposition est un moindre coût pour participer d’une transformation sociale radicale et nécessaire : faire advenir demain, et non pas dans deux cents ans, une société de l’égalité entre les femmes et les hommes qui bénéficiera aux femmes comme aux hommes.
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Agathe Cagé est docteure en science politique. Elsa Guippe a été membre du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem au ministère de l’éducation nationale. Elles ont fondé l’agence de conseil Compass Label, spécialisée sur le sujet de l’égalité femmes-hommes.
Agathe Cagé (Consultante) et Elsa Guippe (Consultante)

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